lundi 31 juillet 2017

La composition musicale en termes des sciences de conception

Ces dernières temps la composition musicale a été le sujet beaucoup discuté en Finlande. Son statut est sous le renouvellement. On souhaite qu’elle fasse partie de toute éducation musicale à partir de jardin musical jusqu’aux conservatoires, Sibelius-Akatemia compris. On a lancé le slogan ”la composition musicale est pour tous” qui surgit d’une part du fait que l’éducation musicale s’est traditionnellement basée sur la domination de la notation et de l’exécution, et d’autre part de l’accessibilité augmentée des moyens techniques divers qui facilitent le processus de composition.

Qu’est-ce qui se passe pendant le projet de composition? Une méthode de se renseigner est de demander au compositeur, mais la difficulté peut être cette même sur laquelle tombaient les interviewers des experts à l’époque où on encore croyait aux systèmes d’expert. Enfin, les experts n’étaient pas capables d’articuler leur expertise: ”Je ne sais pas pourquoi je sais, je simplement sais”. Aussi, normalement, l’artiste ne veut pas expliquer ses oeuvres. Mais la vérité, au moins partielle, est qu’il ne sait pas: un peintre, par exemple, n’est pas en mesure d’expliquer pourquoi son oeuvre abstrait est justement comme il est.

Je vient de lire le thèse de doctorat de Ulla Pohjannoro (Sibelius-Akatemia, 2013) intitulé ”La naissance d’une composition musicale. Étude de cas de la réflexion d’un compositeur” (The composing mind. A case study of a composer’s thought process.) Sa technique était l’interview pendant le processus de composition (stimulated recall) d’un compositeur professionnel. Aujourd’hui quand les méthodes neuro-anatomiques sont de routine, cette approche a été considérée par quelques critiques un peu obsolète. 

Dans la considérable liste de références, on trouve aussi deux auteurs du domaine de conception (Herbert A. Simon et John S. Gero). Jadis, en discutant avec John Gero sur la situation de design dans l’éducation universitaire et du fait qu'il n’y a que quelques professeurs de design au monde, nous avons constaté spontanément comme un seul homme: ”There should be more!”. En 2000 j’ai déclaré que la théorie de design sera probablement la théorie unifiante de l’éducation des généralistes aux universités. En 2001, l’éditorial de La Lettre Chemin Faisant a appelé à l’acceptation du terme les sciences d’ingénium pour remplacer l’ingénierie des systèmes complexes et l’ingénierie de l’interdiciplinarité, et au déploiement de ce nouveau terme. Possiblement le nouveau terme sera préféré aussi aux sciences de conception. Dépassant les problèmes terminologiques de français, je vais utiliser cette dernière. Il est clair que les sciences de conception ne sont pas une discipline scientifique parmi d’autres, mais concernent toute activité humaine.

Selon l’ontologie PSSP, tout est processus. Processus est dynamique: quelque chose se produit et la réalité change. Quand c’est l’être humain qui vise à changer une situation existante en une situation préférée, le processus est de type de projet, et l’homme, lui, est concepteur. Ainsi l’homme qui imagine quelques dispositions pour composer une pièce de musique, est concepteur. L’oiseau qui est capable de varier son chant peut être considéré un compositeur d’une sorte, mais je ne l’appellerais pas un concepteur. J’ai choisi la composition musicale en un exemple pour démontrer la capacité des sciences de conception d’offrir le format unifiant pour toute activité projective. 

Voici le graphe générique de conception dans la notation graphique de PSSP comme je l’ai présenté en 2001, par exemple, dans mon rapport ”New Design Culture (NDC) project planning” et POEM Guide Book ”Introduction to SHE Conscious Process Design”. L’objet Process (processus, projet) est symbolisé par cercle. C’est un objet composé. Comme expliqué ailleurs, il se compose de quatre objets: Interior (intérieur), Exterior (extérieur, environnement), Boundary (frontière entre ses deux) et Interaction (interaction à travers de frontière). Interior et Exterior sont chaqu’un un ensemble de deux objets primitifs, Event (événement) et Medium (substance), symbolisés par ovales horizontale et vertical. Pour simplification, la représentation graphique est réduite. La frontière, qui est de type substance, n’est pas visible et l’interaction, qui est de type événement, est symbolisé par flèches. Il est important de comprendre que l’événement et la substance sont inséparables. L’un n’existe pas sans l’autre. L’état de substance est la cause des changes de l’état d’événement et cet effet, de sa part, est la cause des changes de l’état de substance. Touts ces objets sont formellement identiques ayant les quatre attributs Purpose (finalité ou raison d’être), Structure, State (état, fonctionnement) et Performance (viabilité de l’objet par rapport de sa raison d’être).



Le démarrage d’un nouveau projet de conception, ”le projet de base”, est souvent précédé par un projet pour planifier le projet de base. Surtout, si la réalisation du projet est dépendant du support financier, un plan crédible et attractive est nécessaire. Ici la gestion (M) du projet est divisée en trois niveaux. La composition musicale est pourtant le plus souvent réalisé en projet d’une seule personne qui prend la responsabilité aussi bien de la gestion que des activités de base. 

Mais où se trouve-t-il, dans cette graphe, le compositeur? La ressource totale du projet de base se compose de la ressource humaine, le compositeur, et des ressources matérielles, les facilités divers pour documenter la musique produite en notation ou pour en exécuter et enregistrer. Le compositeur est un processus dont l’intérieur est composé de la substance, son corps en total, comprenant le système nerveux et le cerveau, et les événements mentales et moteurs suscités. Les facilités techniques sont de type de produit. Produit est en effet un processus qui n’a pas encore d’interaction avec son environnement mais qui, en usage, va interagir avec son utilisateur. Ainsi, le compositeur est dispersé dans les trois objets du niveau base désignés par T, B, et M. Continuellement ou périodiquement, la réflection du compositeur avance en dehors de l’intérieur du projet de base (work package interior), au niveau métacognitif, pour contrôler ce qui se passe au niveau de base.

Le germe d’un nouveau projet de composition se trouve dans les idées du compositeur et sa volonté/nécessité de les élaborer et publier. Pour le compositeur professionnel la nécessité de composer est déjà là et ce n’est q’une question de démarrer un nouveau projet quand le temps est mûr. En termes de PSSP, ça signifie la création d’une nouvelle instance de l’objet Process et les efforts subséquents de spécifier ses attributs. Voici le graphe de comment le projet de composition musicale avance:




Le compositeur professionnel vise à publier le produit, la pièce musicale, dans sa forme finale. En principe, il a la liberté de fixer la finalité (Purpose) du produit comme il veut, mais possiblement doit considérer ce que probablement veut le public. Cet attribut plus ou moins détermine comment le produit devrait fonctionner (State), et les critères pour évaluer sa viabilité (Performance), les attributs qui sont dépendants de la structure (Structure) de la pièce. Trouver une telle structure (Structure) musicale qui donnera un fonctionnement (State) qui soit souhaité (selon ce qu’a été spécifié sous Purpose) et satisfaisante (ce que se specifie enfin sous Performance) est le plus difficile effort du projet. Il exige du raisonnement qui se passe à la direction opposite de la causalité, à partir du fonctionnement souhaité jusqu’à la structure de la musique. Il s’agit de raisonnement abductive qui se base à l’intuition et à la créativité, c’est à dire, sa savoir-faire en musicien. C’est la difficulté qui demeure dans toute conception mais pour son dépassement l’être humain possède la capacité.



dimanche 9 juillet 2017

Roman et un roman

J’avais écrit, il y a plus d’une année, quelques lignes sur le roman ”D’après une histoire vraie” de Delphine de Vigan, sous le titre ”Bluff honnête”. Maintenant le cinéma de Roman Polanski ”D’après une histoire vraie”, basé sur ce livre-ci, a été présenté a Cannes. Selon l’article dans le numéro récent de Suomen Kuvalehti, c’était la femme de Polanski, Emmanuelle Seigner, qui lui avait donné le livre après l’avoir reçu de son copain. Elle ne l’avait pas lu (”Je lis assez peu”) mais avait une idée que l’histoire peut être au type de Polanski.

Le cinéma, qui est catégorisé thriller, est porté par deux protagonistes, deux femmes, Emmanuelle Seigner même et Eva Green. Je m’étais demandé si le roman est un bluff transparente et honnête ou simplement une histoire des commérages sur soi-même. N’importe, semble-t-il. Le cinéma est rangée parmi les plus mauvais de Polanski. Pauvre Delphine.