mardi 5 février 2013

Des cloportes et des cafards



Dans mon enfance, notre famille avait déménagé à Pori pour fuir la guerre. Nous habitions, ma mêre, ma soeur et moi, dans un quartier urbain sur Tähtikatu 18 (si je me rappelle bien le numéro). J'avait 3-4 ans et me souviens bien la cour intérieure où il se trouvait aussi un bâtiment qui servait du sauna et d'une buanderie, c'est à dire la place pour tous les habitants de la cour à faire la lessive. Évidemment j'ai eu alors quelques émotions heureuses et profondes et ainsi bien mémorisées, parce que de petites choses de peu importance réussissent aujourd'hui de temps en temps de les évoquer.

Je crois que dans la cour il n'y avait rien pour les enfants. Probablement nous jouions, moi, ma soeur de 6 ans, et les autres enfants, improvisant quelque chose. Pendant l'été pourtant, quand le soleil brillait sur la cour, il y'avait d'animation. Autour du bâtiment de sauna il y avait des cloportes qui grimpaient sur les murs blanchis et pullulaient sur le sol traversant lelong la ligne de la base. Nous étions là, assis par terre dans la chaleur du soleil, et suivions la vie des cloportes, la vie qui n'avait aucun lien à la guerre. Elle était comme la vie de la mienne, moi qui possiblement ne savait rien de la guerre et qui avait pratiquement oublié l'absence de mon père.

Les adults nous avaient appri que le nom de cet animal est saunamaija. Pour nous ce nom semblait sympathique et, comme par conséquence, aussi l'animal même, qui est une sorte de crustacé, nous paraissait tout à fait aimable. Le nom finnois des crustacés est äyriäinen et les crustacés de cette sorte-ci s'appellent siira. Alors, les cloportes ne sont pas d'insects. ”Saunamaija” est une éspèce de siira mais ce nom n'est pas officiel.

Pendant la guerre, et assez long temps après, les cafards étaient un ennui. Surtout à l'est de la Finlande le cafard était commun dans les maisons. Il s'agissait alors d'une éspèce particulière qui s'appelle russakka. Le nom plus générique est torakka. Aujourd'hui, je trouve régulièrement en été des cafards autour de la maison. Mais c'est une autre éspèce qui vit dans la nature et ne s'introduit pas à l'intérieur. Le cafard, c'est un insect.

Au parallel du nom cafard on utilize ”blatte”. ”Cafard” a son origin en arabe. L'étymologie est incertaine (comme si souvent) mais les hypothèses sont intéressantes (comme toujours). Selon TLFi, le mot arabe cafara signifie ”être incroyant”. Peut-être pour un arabe, la personne qui est incroyante, c'est a dire, qui a une autre foi que la sienne, est un être qui mérite une appellation péjorative. Elle est cafard. Je comprends qu'au francais le sens péjoratif se forme avec le radical ”ard”. Plus tard ”cafard” a commencé à signifier généralment un faux dévot ou une personne ayant des pensées sombres. Baudelaire a utilisé le mot pour des idées noires mêmes, dont le synonyme est spleen, certainement sans aucune connection à l'islam. Aussi au finnois nous avons le mot cafir en ”mot de civilisation”, aussi dans le sens ”incroyant” pour tous non-islamiques.

Ce petit insect noir, à corps allongé et aplati, qui fuit la lumière, est ainsi devenu un symbole de la personne ou l'état splénétique. Spleen à son tour est l'organe (perna en finnois, rate en francais), qui a été regardé comme la siège qui régle les humeurs. En France on croit que si on mange assez des racines, on évite les dépressions originantes depuis la rate, surtout la dépression de l'hiver. Si c'est aussi le remède aux cafards, je ne sais pas.