dimanche 2 juin 2013

Comment désarçonner un ministre


Le verbe désarçonner signifie jeter hors de la selle mais figurément il décrit la situation où une personne, tout à coup, se trouve embarrassée ne sachant que faire ou quoi dire. Pour les Finlandais une telle personne est tombé de l’arbre et ressemble ”äimän käki”. Cette expression finnoise est curieuse. Les deux mots sont anciens et pratiquement personne ne sait ce qu’ils signifient. Pourtant l’expression est en use, peut-être parce que phonétiquement elle a un bon goût. Les oeuvres étymologiques ne connaissent pas d’autres significations pour ”käki” que celle de coucou. On a proposé pourtant que la signification primitive soit trou comme le trou d’un nide d’oiseau au tronc. Quant à ”äimä”, il signifie une grosse éguille utilisée pour coudre du cuir. Alors, une personne comme ”äimän käki” reste debout, en silence, la bouche ouverte.

Le plus important quotidien de la Finlande, Helsingin Sanomat (Hesari), a fait la décision de remplacer son éditorial traditionnel par plusieurs éditorials plus brefs - et anonymes! Dans le numéro d’avant-hier un des auteurs a voulu donner des conceils. Il constate d’abord qu’un facile moyen de désarçonner un ministre finlandais est de poser la question à son invité russe sur l’adhésion de la Finlande à l’OTAN.

Le ministre de défense de la Russie, Sergei Shoigu, a rendu visite, il y quelques jours, à son collègue finlandais, Carl Haglund. Bon, la question sur l’adhésion de Finlande à l’OTAN était posé à Shoigu devant les journalistes.  C’est vrai que cette question est utile, malgré le message principal est connu d'avance: la Finlande, comme la Suède, ferait mieux en restant en dehors de l’OTAN, pourtant les nuances de la réponse peuvent révéler des tendances actuelles dans le voisin de l’est.

Ce rédacteur anonyme a trouvé embarrassant de témoigner l'état  désarçonné du ministre de défense de Finlande après la réponse catégorique, tonitrué par Shoigu. L'auteur a décider ainsi de conseiller aux ministres finlandais de préparer mieux leur devoir en ce qui concerne la position de la Finlande pour l’OTAN. Il spécifie, en quelques détails, ce que devraient prononcer les ministres dans une telle situation: le point essentiel des choix de la Finlande (l'existence de l’option de l’OTAN et le fait que c’est la Finlande qui fera la décision) glacé par quelques phrases décoratives.

L’attitude du rédacteur semble naïve. La position officielle de la Finlande a été répétée mille fois. Tous les ministres doivent la connaitre par coeur. Il est possible que le rédacteur a fait, ou a voulu faire, fausse interprétation du conduit de Haglund. Lendemain Haglund a donné, en colère, et possiblement vraiment en äimän käki, sa réponse à l’auteur.